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Qu'est devenu notre Noël d'antan?
La fête intime accompagnant les cérémonies religieuses, dominée par l'émotion et des plaisirs simples, qui se dérou­lait derrière les volets de la maison s'est transformée en un parc d'attractions géant. Les cadeaux n'apparaissent plus par magie sous le sapin. Ils sont dans les magasins depuis la Toussaint, voire même déjà avant. Un Père Noël aux couleurs d'une marque commerciale attend les enfants à chaque coin de rue pendant le mois de décembre. La procession des fidèles se rendant à la messe de minuit, une lanterne à la main, est remplacée par une foule éblouie par les lumières, se frayant un chemin dans les rues de la ville.
L'historique Christkindelsmarik a engendré d'innombrables marchés de Noël, les uns plus commerciaux que les autres ... Trop de Noël risque de tuer Noël! Certes des concerts, des cérémonies, des actions caritatives, des marchés à taille humaine rappellent la connotation spirituelle, cultuelle et culturelle de Noël. Nous, les groupes folkloriques, légataires des traditions, n'avons-nous pas un rôle à jouer avant qu'il ne soit trop tard? Bientôt il n'y aura plus de témoins. Ouvrez vos yeux, écoutez autour de vous, fouillez les mémoires de vos familles pour récolter les dernières traces du Noël d'antan. Réfléchissez! Quel message pouvons-nous encore transmettre pour ne pas oublier. .. Noël?
Wiehnàchtsbredle (Petits fours de noël)
Les souvenirs des effluves du mélange d'odeurs d'épices et de sucreries provenant de la confection des Wiehnàchstbredle, ces fameux petits gâteaux de Noël, permettront sûrement à cette tradition de survivre. Dès 1530, les pains d'épices sont mentionnés dans une prédication de Ceiler von Kaysersberg. En 1798, les Springerle ou pain d'anis étaient d'abord destinés à la garniture du sapin. Au milieu du XVIIIe siècle, pâtisserie et fête de Noël sont de plus en plus liées. À partir du XIXe siècle, les livres de cuisine deviennent de plus en plus nombreux ... Les maîtresses de maison n'hésitent pas à se livrer à une rude concurrence et se vantent de confection­ner un nombre impressionnant de variétés (jusqu'à trente).
À côté des recettes, se trouvent d'autres témoins des gâteaux, comme les moules en bois dur, sculptés en creux. Les sujets en sont variés: scènes religieuses, personnages en costumes d'époque, animaux, fleurs ... Les moules en terre cuite de Soufflenheim, qui sont destinés à la cuisson de gâteaux à pâte levée, représentent un nouveau-né emmailloté, une étoile, un poisson ou un cœur.
Ne passons pas sous silence les emporte-pièce en fer-blanc servant à découper les pâtes en formes diverses: étoiles, croissant de lune, sapin, animaux ...
Certains gâteaux sont moulés à la main et couchés sur une tôle comme le Bieerewecke (avec fruits séchés) ou les mannele (petits bonshommes). Les ingrédients les plus anciens mentionnés au xvne siècle sont la farine, le lait, le miel et les épices comme l'anis, la cannelle, le fenouil, le clou de girofle, la cardamome et la badiane. S'y ajoutent les fruits secs (pommes, poires, quetsches) et plus tard les fruits exotiques (raisin de Corinthe, figues ... ).
Le sucre apparaît au XVII" siècle alors que le beurre et le chocolat n'intervien­ nent qu'au XIXe siècle. Il ne nous reste plus qu'à essayer les recettes des Bredle les plus courants et à les déguster, accompagnés d'un bon vin chaud ... Joyeux Noël!(Marie-Louise HEMMERLE / extrait du magazine Folklore de France n°312)